journal 1975, Beyrouth

Notes sur mes drives à Beyrouth

Quand j’ai lu mon journal que j‘ai écrit en 1975, des noms de lieux de quartiers et de rues sont apparus.
J'ai zoomé sur ces noms et tracé une cartographie correspondant à mes descriptions consignées dans le journal. Puis j’ai commencé à dessiner les trajets décrits.

Les parcours effectués le plus souvent à pied ou en bicyclette parfois en autobus que je prenais à côté de la Rue Weygand, partent tous de la Rue Selim Boustani où j’habitais. J’ai lu et relu ce journal jusqu’à me demander si tout ce qui y a été consigné avait réellement eu lieu. Comment une ado de 13 ans à peine pouvait- elle se déplacer avec autant de liberté ?

J’ai réalisé que les distances parcourues décrites étaient relativement courtes et que mon journal écrit tous les jours me restituait de nombreux détails sur la vie de tous les jours mais j’ai surtout vu un atlas potentiel se dessiner.
Mon journal 1975 est devenu avec les années ma propre géographie, un territoire, une forteresse. J’ai re-dessiné mille fois ces trajets pour être à Beyrouth même quand je n’y étais pas.

Cette année 1975, je m’en souviens très bien parce que les mois qui ont suivit mon départ de Beyrouth en Juillet pour ne pas oublier, je me suis répété mille fois les noms des rues, les noms des commerçants de mon quartier Watwat, les emplacements de chacun des élèves de ma classe, j’ai refais mille fois les trajets de la maison au St Georges (Club nautique) parce que à Milan il faisait gris et froid et je rêvais de la mer, de la maison, de mes amis et surtout de ma famille.

Les événements de la guerre suivis de loin nous poussaient à connaître la ville intimement pour pouvoir mieux situer les quartiers, les rues, les axes. Ces quartiers je les ai arpentés des centaines de fois, j’avais 12, 13 ans, car nous étions libres à cette période et nos parents occupés ne se souciaient pas de nos déplacements. J'allais à pied au St Georges, pour nos parents qui travaillaient c’était nous consigner en toute tranquillité dans ce lieu que fréquentait la bourgeoisie, ils ne se doutaient pas que de là, nous dérivions vers le sud de la ville sur les plages du St Simon en autobus ou en auto-stop.

Nous étions effrontés et nous nous sentions libres il y avait aussi une joie secrète à faire tous ces trajets en dehors de la vie scolaire. Souvent j’allais à vélo au Collège Protestant, Rue Madame Curie, profitant des départs agités le matin de ma nombreuse fraterie, je m’échappais avant que nos parents s’aperçoivent de mon départ.

Personne ne se doutait de ce sentiment de peur et de liberté qui m’animait car le trajet de la maison au Collège était une aventure urbaine parfois pleine d’obstacles et souvent ponctuée de mauvaises rencontres.

Dinah Diwan, Journal 1975, 2018, jet d'encre sur papier coton Hahnemuhle, 147 x 267 cm

Dinah Diwan, Journal 1975, 2018, jet d'encre sur papier coton Hahnemuhle, 147 x 267 cm